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  • Photo du rédacteurAdèle Aribaud

Les blancs de Lalique

Les ailes translucides des libellules, les plumes bleutées des oiseaux, les milles nuances de vert des arceaux fleuris…. Tout, absolument tout chez René Lalique est question de subtilité. Et surtout la couleur. De ses nuances les plus légères aux contrastes les plus pénétrants, il a su mettre en scène ses motifs favoris sur des dizaines de pièces, chaque fois différentes. Néanmoins plusieurs de ses bijoux emblématiques figurent de larges éléments seulement blancs. À eux seuls, ils cristallisent toute l’ingéniosité, le goût et le savoir-faire de leur créateur : aujourd’hui le grand maître des harmonies brille de blanc.



En joaillerie, le blanc c’est le diamant. Bien qu’onéreux, il est effectivement utilisé chez Lalique, généralement pour jeter des accents de lumière dans des combinaisons assez classiques d’émail et de verre. C’est ce qu’il fait dans le pendentif « The Kiss » de 1905 (visible en fin d'article) qui figure un couple s’embrassant, encadré d’un trio de diamants carrés. Sept ans auparavant, Lalique achevait pourtant une réalisation endiamantée elle aussi, mais plus originale.

Parce que le diamant y apporte plus que de la lumière, il y créé de la texture. L’ensemble des diamants forme des aspérités qui crédibilisent le corps des oiseaux. Ils se démarquent ainsi de leurs plumes émaillées et du péridot central poli. De plus si leur tête semble être montée sur de l’or jaune, l’anatomie du bas de leur corps et le détail de leur plumage nous sont accessibles grâce à de fines lignes de métal gris. On ne peut que saluer l’habilité du dégradé, invisible…


La même année, Lalique s’attaque au fameux « Paysage d’hiver », qu’il fabriquera d’ailleurs en plusieurs exemplaires. On dit qu’il s’est inspiré d’une de ses propres photographies, des épicéas de Clairefontaine que son objectif a capturé durant l’hiver… Ainsi au premier plan, les branches qui ploient sous le poids d’une neige trop généreuse sont représentées grâce à un émail blanc plutôt épais, presque en relief. Au second plan en revanche, toute une plaque d’émail translucide est traversée de lumière blanche et bleutée, glaciale. Le « paysage d’hiver » illustre parfaitement la philosophie de Lalique : les matériaux doivent se plier au dessin et à la forme. Pour ce faire il explore et invente des dizaines de techniques. Entre 1891 et 1936 il aura déposé pas moins d’une quinzaine de brevets, tous concernant l’émail ou le verre.


Le verre justement ! Il est la star incontestée d’un autre spectaculaire pendentif réalisé aux alentours de 1905. Monté sur platine, le bijou présente deux œillets en verre opalescent aux pétales gravés et détaillés. Puisqu’il donne à son verre blanc un aspect laiteux, René Lalique l’associe à des pierres de lune chatoyantes et à de l’émail bleu irisé qui forme les deux pédoncules. Les tiges, elles, sont formées par des rails de diamants graciles. Bien que le verre et la pierre de lune n’adoptent pas le même comportement vis-à-vis de la lumière, ils dégagent ce qui semble être le même effet, une irradiation blanche ou bleutée selon d’où on l’observe. « Le verre est la matière merveilleuse », dit-il en 1925.

A l’époque où Lalique fabrique ses bijoux, le statut même de ces objets précieux est en pleine transformation. Les bijoux sont de moins en moins considérés comme des investissements et suivent de plus en plus les courants de la mode pour rejoindre les arts décoratifs. De fait la préciosité s’estompe et laisse le champ libre à des dizaines de nouveaux matériaux originaux. C’est le cas de la galalithe qui est inventée à la fin du XIXème siècle. Elle est critiquée dès sa popularisation. C’est vrai qu’utiliser cette pierre qui ressemble à de l’ivoire (que Lalique utilisera aussi) est un peu osé, parce qu’elle est fabriquée à partir de lait… Pas très chic donc. Elle permet pourtant à Lalique de réaliser quelques bijoux, dont ce pendentif figuratif des plus poétiques qui présente une nymphe de profil au cœur d’une gerbe de lavande. Là encore l’ajustement des blancs surprend par sa finesse : le personnage se révèle en camée, plus pâle que le fond de la plaque. Pourtant il se fond dans des limbes des nuances blanchâtres et bleutées. Elles donnent presque à la perle baroque d’en-dessous plus de présence encore.


Enfin, s’il est un blanc qui ne manque pas de puissance chez Lalique, c’est bien le cristal de roche. « The Kiss » en présente un panneau d’un blanc opaque parfaitement régulier, maintenu par trois griffes d’or jaune, trois diamants et un entourage d’anémones émaillées. A cette époque, il reste au cristal de roche encore de beaux jours devant lui puisqu’il est l’un des rares matériaux qui survivra au raz-de-marée de l’Art Déco.


Verre, cristal de roche, émail, diamant, galalithe, perles, mais aussi parfois opale sont les blancs de René Lalique maître-joaillier. René Lalique maître-verrier réalisera dans la seconde partie de sa carrière, des dizaines de vases et flacons blancs. Albâtre, écru, blanc crème, jauni, blanc bleuté, mais aussi cristallin, opaque ou translucide, il ne l’abandonnera jamais.


 

Brumm, V pour Verre-Histoire. Brevets et innovations chez René Lalique. Consulté à l'adresse : http://www.verre-histoire.org/colloques/innovations/pages/p501_02_brumm.html


Chabrol, M. pour Le Gemmologue. (Sept 2017). Une incroyable collection Lalique aux enchères. Consulté à l'adresse : http://legemmologue.com/2017/09/20/incroyable-collection-lalique-encheres/

Dept Jewellery. pour Christie's. (Sept 2017). Antenna : Why Art nouveau is back in vogue ? Consulté à l'adresse : https://www.christies.com/features/Art-Nouveau-makes-a-comeback-8549-1.aspx

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